Un poème a chantonné (…)

Un poème a chantonné tout le jour
           Et n’est pas venu
On a senti sa présence tout le jour
           Soulevante
Comme une eau qui se gonfle
           Et cherche une issue
Mais cela s’est perdu dans la terre
           Il n’y a plus rien

On a marché tout le jour comme des fous
Dans un pressentiment d’équilibre
Dans une prévoyance de lumière possible
Comme des fous tout à coup attentifs
À un démêlement qui se fait dans leur cerveau
À une sorte de lumière qui veut se faire
Comme s’ils allaient retrouver
           ce qui leur manque
La clef du jour et la clef de la nuit
Mais ils s’affolent de la lenteur
           du jour à naître

Et voilà que la lueur s’en re-va
S’en retourne dans le soleil hors de vue
Et une porte d’ombre se referme
Sur la solitude plus abrupte et plus incompréhensible.

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 127-128.