Silence

Toutes paroles me deviennent intérieures
Et ma bouche se ferme comme un coffre
           qui contient des trésors
Et ne prononce plus ces paroles dans le temps,
           des paroles en passage,
Mais se ferme et garde comme un trésor
           ses paroles
Hors l’atteinte du temps salissant, du temps passager.
Ses paroles qui ne sont pas du temps
Mais qui représentent le temps dans l’éternel
Des manières de représentants
Ailleurs de ce qui passe ici,
Des manières de symboles
Des manières d’évidences de l’éternité qui passe ici,

Des choses uniques, incommensurables,
Qui passent ici parmi nous mortels,
Pour jamais plus jamais,
Et ma bouche est fermée comme un coffre
Sur les choses que mon âme garde intimes,
Qu’elle garde
Incommunicables
Et possède ailleurs.

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 118.