Quitte le monticule

Quitte le monticule impossible au milieu
Et le manteau gardant le silence des os
Et la grappe du coeur enfin désespéré
Où pourra maintenant s’incruster cette croix
À la place du glaive acide du dépit
À l’endroit pratiqué par le couteau fixé
Dont le manche remue un mal encore aigu
Chaque fois que ta main se retourne vers toi
Où s’incruste la croix avec ses bras de fer
Comme le fer qu’on cloue à l’écorce d’un arbre
Qui blesse la surface, mais la cicatrice
De l’écorce bientôt le submerge et le couvre
Et plus tard le fil dur qui blessait la surface
On le voit assuré au bon centre du tronc
C’est ainsi que la croix sera faite en ton coeur
Et la tête et les bras et les pieds qui dépassent
Avec le Christ dessus et nos minces douleurs.

Quitte le monticule impossible au milieu
Place-toi désormais aux limites du lieu
Avec tout le pays derrière tes épaules
Et plus rien devant toi que ce pas à parfaire
Le pôle repéré par l’espoir praticable
Et le coeur aimanté par le fer de la croix.

Mon coeur cette pierre qui pèse en moi
Mon coeur pétrifié par ce stérile arrêt
Et regard retourné vers les feux de la ville
Et l’envie attardée aux cendres des regrets
Et les regrets perdus vers les pays possibles

Ramène ton manteau, pèlerin sans espoir
Ramène ton manteau contre tes os
Rabats tes bras épars de bonheurs désertés

Ramène le manteau de ta pauvreté contre tes os
Et la grappe séchée de ton coeur pour noyau
Laisse un autre à présent en attendrir la peau

Quitte le monticule impossible au milieu
D’un pays dérisoire et dont tu fis le lieu
De l’affût au secret à surprendre de nuit
Au secret d’un mirage où déserter l’ennui.

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 209-210.