Qu’est-ce qu’on peut

Qu’est-ce qu’on peut pour notre ami
au loin là-bas
à longueur de notre bras

Qu’est-ce qu’on peut pour notre ami
Qui souffre une douleur infinie.

Qu’est-ce qu’on peut pour notre coeur
Qui se tourmente et se lamente

Qu’est-ce qu’on peut pour notre coeur
Qui nous quitte en voyage tout seul

Que l’on regarde d’où l’on est
Comme un enfant qui part en mer

De sur la falaise où l’on est
Comme un enfant qu’un vaisseau prend

Comme un bateau que prend la mer
Pour un voyage au bout du vent

Pour un voyage en plein soleil
Mais la mer sonne déjà sourd

Et le ressac s’abat plus lourd
Et le voyage est à l’orage

Et lorsque toute la mer tonne
Et que le vent se lamente aux cordages

Le vaisseau n’est plus qu’une plainte
Et l’enfant n’est plus qu’un tourment

Et de la falaise où l’on est
Notre regard est sur la mer

Et nos bras sont à nos côtés
Comme des rames inutiles

Nos regards souffrent sur la mer
Comme de grandes mains de pitié

Deux pauvres mains qui ne font rien
Qui savent tout et ne peuvent rien

Qu’est-ce qu’on peut pour notre coeur
Enfant en voyage tout seul
Que la mer à nos yeux déchira.

Gracieusement récité par monsieur Pierre Auger,
avec l'aimable collaboration de monsieur David Dorais.

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 84-86.