Le jour, les hymnes

Le jour, les hymnes furent pauvres

Il leur a fallu le crépuscule, la venue de la nuit

Nos chemins
Nos champs
Nos forêts
Nos montagnes

La terre est en repos
Sa respiration n’a plus besoin de voix pour chanter
Les montagnes des grèves autour de ce grand lac calme
           le ciel la nuit
Les arbres cils au bord de ce grand oeil la nuit

Les hymnes n’ont jamais été si pauvres
Que durant cette journée où nous avons cherché
           la terre à nous désâmer
Où nous avons tant recherché notre reflet fantôme
la terre
Nous n’avons jamais été tant et si mal blessés
Que par ce soleil étranger dans le ciel que nous
           n’avons pas créé

Que par ce soleil qu’il a fait que nous n’avons pas créé
Les hymnes n’ont jamais été si pauvres si délaissées
Que ce jour où nous avons voulu prendre le soleil
à témoin de notre lumière

Et lorsque nous sortons la tête de sous notre toit
nous voyons
La nuit d’un seul grand oeil immense
(le ciel) regarder la terre
Comme une grande femme en repos
la terre respirante qui dort

Nous sommes-nous agités suffisamment cette journée
Avons-nous assez promené l’anxiété de notre soif
           dans la journée
Avons-nous assez recherché la terre fantôme
Avons-nous assez cru assez douté
Le soleil nous a-t-il fait assez de mal, assez de bien
Les hymnes pendant ce temps ont été pauvres

Il leur a fallu maintenant cette heure depuis
           le crépuscule
Quand l’horizon est monté s’étendre au bord du ciel
           comme un bon chien
Et puis petit à petit toute la terre s’est étendue dans
           sa vallée pour s’endormir
Toute la terre s’est détendue avec ses épaules
et ses vallées
Et sa respiration maintenant n’a plus besoin
de voix pour chanter

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 232.