L’automne (1927)

Tendre nature, hier tu souriais d’amour,
Le printemps embaumé t’apportait ce beau jour;
Au soleil renaissait une splendeur nouvelle,
Les prés étaient couverts de mille fleurs si belles
Dont le parfum grisait le cœur d’heureux amants
Qui venaient, enlacés, s’aimer si tendrement,
Au rythme du ruisseau qui doucement murmure,
Coulant entre les fleurs, heurtant les roches dures,
Et furieux, bondissant, couvert d’écume blanche,
Allait un peu plus loin se perdre sous la branche,
Où les petits oiseaux perchés, chantaient gaiement,
Tandis que le zéphyr les berçait doucement.

Tu pleures aujourd’hui au seuil de ton tombeau
Et le vent te ravit tes derniers lambeaux
Cependant que ton sol, hier si vert de mousse,
S’est recouvert de feuilles dorées, rouges et rousses
Qui craquent sous les pas… Et sous ce vieux tapis,
Où ton souffle s’éteint, pendant la douce nuit,
Un pauvre cœur brisé vient enterrer l’amour
Qui l’avait enivré dans le temps des beaux jours
Ils sont partis hélas! comme ton doux printemps,
Oui, partis! Emportés par un souffle de vent!

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Recueil de poésies : inédit de 1928 — Présentation de Giselle Huot— , [Québec], Éditions Nota bene, p. 84.