Lassitude

Je ne suis plus de ceux qui donnent
Mais de ceux-là qu’il faut guérir.
Et qui viendra dans ma misère?
Qui aura le courage d’entrer dans cette vie
           à moitié morte?
Qui me verra sous tant de cendres,
Et soufflera, et ranimera l’étincelle?
Et m’emportera de moi-même,
Jusqu’au loin, ah! au loin, loin!
Qui m’entendra, qui suis sans voix
Maintenant dans cette attente?
Quelle main de femme posera sur mon front
Cette douceur qui nous endort?

Quels yeux de femme au fond des miens,
au fond de mes yeux obscurcis,
Voudront aller, fiers et profonds,
Pourront passer sans se souiller,
Quels yeux de femme et de bonté
Voudront descendre en ce réduit
Et recueillir, et ranimer
et ressaisir et retenir
Cette étincelle à peine là?
Quelle voix pourra retentir,
quelle voix de miséricorde
voix claire, avec la transparence du cristal
Et la chaleur de la tendresse
Pour me réveiller à l’amour, me rendre à la bonté,
m’éveiller à la présence de Dieu dans l’univers?
Quelle voix pourra se glisser, très doucement,
           sans me briser, dans mon silence intérieur?

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 104-105.