La lune

Quand le printemps revient, que tout renaît, tout vit,
Quand, au bord du ruisseau, qui court avec gaieté,
Entre les hauts roseaux la violette rit,
La pâle lune bleue sourit et dit : «Aimez!»

Lorsque la nuit étend son doux voile limpide
Et que les bois plaintifs se sont tus, que tout dort,
Quand les vents sont éteints, que l’étang est sans ride
Entre les longs bras noirs des pins, la lune d’or
Rit dans l’air tiède et pur, rit à l’été charmant
Qui, sous ses doux rayons, tranquillement respire,
Tandis que sous ses bois, silencieux et tremblants,
Enlacés, fous d’amour, les doux amants soupirent.

Quand l’automne revêt son lourd manteau sanglant
Brodé de longs fils d’or et que la verte mousse
Se couvre de lambeaux apportés par le vent,
La lune est là pleurant entre les feuilles rousses.

Lorsqu’il ne reste plus aucune feuille brune
Quand la terre est glacée de neige immaculée,
Or, les pâles rayons de la tremblante lune
Font un long reflet doux, un long voile doré,
Comme la nymphe qui, en traversant les mers,
Étend en s’en allant sa chevelure d’or
Glissant, divinement sur les plis du flot vert
Du flot doux et tranquille qui berce et qui endort.

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Recueil de poésies : inédit de 1928 — Présentation de Giselle Huot— , [Québec], Éditions Nota bene, p. 87.