Journal, octobre 1929 (extraits)

[…]

J’ai fait un grand sacrifice: j’ai renoncé à mes rêves et à mes poèmes. Je n’écris plus parce que je ne rêve plus, et je ne rêve plus parce que la grammaire est bien ce qui peut le mieux stériliser une inspiration. Et je vis dans un monde qui est tout différent de mon monde d’autrefois, qui est presque étranger et qui n’a pourtant même pas le charme de l’inconnu, où ne rôdent jamais plus mes chimères adorées, parmi les soirs froids d’automne, autour de la lune d’argent.

Plus de rêves, plus de parfums, plus d’émois! Oh! ce sera pour demain. Aujourd’hui, en avant la grammaire.

[…]

Mes rêves et mes poèmes m’élevaient vers Dieu, puisque la poésie tend à tout ramener aux sources premières, et que la Source des sources est le Seul Dieu. Et la seule poésie qui me reste est celle du mysticisme religieux. C’est la plus belle, et j’aimerais avoir le temps de l’approfondir et de l’exprimer. Elle est pour le moment au-dessus de moi; mais avec le temps je m’en approcherai, je la comprendrai mieux. Et cela rendra plus belle mon âme et toute ma poésie en deviendra plus élevée. Car mon intention est de me vouer à l’art: à la poésie et à la peinture. C’est par Dieu qu’on atteint le Beau.

Laus Deo Semper

Référence:

Garneau, Hector de Saint-Denys Oeuvres en prose, édition critique établie par Giselle Huot, Montréal, Fides, 1995, p. 197-198.