Je t’adore

Tu viens de me quitter. Mon cœur bat sans répit,
Ivre de mon amour que je ne t’ai pas dit;
Cependant, tu le sais, que je t’aie, mais oui!
Tu l’as lu dans mes yeux, tu le sais oh! ma vie!
Tu ne m’as pas donné de baiser tout à l’heure,
Mais que m’importe si je sais que j’ai ton cœur,
Ton cœur qui m’est si cher! Ton doux cœur que j’adore!
Je le sais! car j’ai vu dans tes yeux une aurore,
Plus vive qu’un matin et plus douce qu’un soir,
Qui enivre mon cœur de mon plus doux espoir!
Je sens que de bonheur mon âme est envahie.
Je t’aime! J’en suis fou! Tu es plus que ma vie!
Je t’aime ? non car ce ne serait pas assez
Je t’adore! Entends-tu je me jette à tes pieds!
Et pour toi je veux vivre et mourir pour toi, oui!
Mourir en te disant : « Je t’aime! ma chére! »

J’aime les oiseaux bleus et les papillons verts,
La plainte du vent et le murmure des mers,
Et la voix des grands bois, gémissement plaintif,
J’aime le chêne fort et le roseau chétif,
J’aime le doux zéphyr, le frais azur des cieux,
J’aime la grève qui gémit sous les flots bleus,
J’aime la fleur des champs et le parfum des roses,
J’aime le ruisseau gai, j’aime toutes ces choses;
Mais quand je pense à toi, tout s’efface, et mes yeux
Ne voient plus que les tiens et tes châtains cheveux,
Aux doux reflets d’or fin, et puis ta joue de rose,
Fraîche comme une aurore, ta bouche à demi close
Comme un bouton de fleur, oh! ta bouche vermeille
Au sourire si doux, vraie petite merveille!

Je n’aime plus l’oiseau, ni le tendre zéphyr,
Ni le ruisseau gentil où le roseau se mire,
Ni le mugissement de la mer sur la grève,
Ni la plainte des bois qui gémissent sans trêve;
Et je ne connais plus la douceur de l’aurore,
Ni le midi si chaud que le doux soleil dore,
Ni le couchant sanglant, ni le soir enchanteur
Et frais, ni de la nuit la charmante douceur.
Je n’aime plus que toi et ton cœur et ton âme :
Et tes beaux yeux rêveurs, là où brille ta flamme!
Tu es toute ma vie, tu as tout mon amour!
Je t’aime plus que tout, je t’aimerai toujours!

À ma Françoise.

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Recueil de poésies : inédit de 1928 — Présentation de Giselle Huot— , [Québec], Éditions Nota bene, p. 89.