Entre le ciel et l’eau

Entre le ciel et l’eau, je suis entre le ciel
Qui est hier fixé dans l’azur du passé
Un ciel qui n’est pas immobile mais qui reste
Le même presque — Et l’eau de l’avenir qui fut
           troublante et donne
le vertige, où se reflète le ciel d’hier
pareil, mais pas du tout de la même façon
Instable, comme glissant, d’un pas mal sûr
Inquiet comme se tenant sur une boule,
Et puis aussi selon les ondulations
Changeantes toutefois, plus profond ou plus clair,
Allongé par des bouts et raccourci par d’autres
Très incertain, assurément, très incertain
Et je me tiens ainsi, entre le ciel et l’eau
Appuyé tout contre le ciel sans empêcher
la clarté que je fais irrévocablement
Vers l’eau, vers l’eau mal sûre et pleine
d’inconnu, fascinante parfois ou qui fait peur
Selon que tel reflet s’allonge ou se restreint
prend toute la place ou la laisse à un autre
toujours selon les ondulations.

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 222.