Bout du monde

Bout du monde! Bout du monde! Ce n’est pas loin!
On croyait au fond de soi faire un voyage
           à n’en plus finir
Mais on découvre la platitude de la terre
           La terre notre image
Et c’est maintenant le bout du monde cela
           Il faut s’arrêter
           On en est là

Il faut maintenant savoir entreprendre le pèlerinage
Et s’en retourner à rebrousse pas de notre venue
Avec le dépit à nos trousses de cette déconvenue
Et s’en retourner à contre-courant de notre mirage
Sans tourner la tête aux nouvelles voix de notre richesse
On a déjà trop attendu au bord d’un arrêt tout seul
On a déjà perdu trop de coeur à s’arrêter.

Nous groupons alentour de l’espace
           de ce que nous n’avons pas
La réalité définitivement acceptable
           de ce que nous pourrions avoir
Des colonies et des possessions
           et toute une ceinture d’îles
Faites à l’image et amorcées par ce point
           au milieu central de ce que nous n’avons pas
           qui est le désir.

Référence:

GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 175.