Au moment qu’on a fait la fleur

Au moment qu’on a fait la fleur
De tout notre amour plongé en elle
Quand la fatigue tout à coup la fane entre nos doigts
Quand la fatigue tout à coup surgit alentour
Et s’avance sur nous comme un cercle qui se referme
L’ennemie qu’on n’attendait pas s’avance
Et commence par effacer le monde hors de nous
Efface le monde en s’approchant,
Vient effacer la fleur entre nos mains
Où notre amour était plongé et fleurissait
Notre amour alors dépossédé rentre en nous
Reflue en nous et nous prend au dépourvu
Nous gonfle d’un flot trop lourd
Nous abat d’un vertige inattendu
Et nous sommes épouvantés
Et comme désarmés devant cette parole
Devant la tristesse de la parole de la chair
Qu’on n’attendait pas et qui nous frappe
comme un soufflet au visage.

Référence:

Garneau, Hector de Saint-Denys. 1972. Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal : Fides, p. 132