Après tant et tant de fatique

Après tant et tant de fatigue
Espoir d’un sommeil d’enfant

Un repos enfin meilleur
Après tous les sommeils noirs
Un bon repos nous invite

Ce soir à la fraîcheur des draps
La blancheur de l’oreiller
À l’abandon de la nuit

Au bonheur de s’endormir
Le coeur déjà délié
L’âme déjà allégée

Misérable dépaysé
Par le bonheur d’aller dormir

Non plus le plongeon de rage dans le noir
Non plus la fin du courage
Non plus la mort au mirage
Désespoir

Ma misère est effacée
Mais qui nous a visité
Et comment renouvelé

Pour que nous retrouvions ce soir
Confiance et la chaleur
De s’endormir en oiseau
D’être enfant pour s’endormir
Dans la fraîcheur de son lit
Dans la bonté protectrice
Qui flotte deux dans le noir

Qui nous a renouvelé
Sainte Vierge? Mes souliers
Sont sous mon lit doucement

Qui nous a tout récemment
Retourné si simplement
Tout faux détour effacé
Reposé si simplement
En ce lieu d’être un enfant
Qui s’endort doux et confiant

S’endormir à coeur ouvert
Mince feuille, endroit, envers
De s’en aller en sommeil
En musique de sommeil
Par ondes qui nous pénètre
Simplement et bonnement
Comme on s’en irait au ciel.

Référence:

Garneau, Hector de Saint-Denys. 1972. Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal : Fides, p. 214-217.